Argumentaire

A travers ce petit argumentaire, MNE tente de répondre aux questions qui reviennent souvent au sujet du loup et de l'élevage.

"A quoi sert le loup ?" - "Les éleveurs n’ont pas à se plaindre, ils sont indemnisés des dégâts non ?" - "Il suffit de mettre des protections non ?" - "Pourquoi les éleveurs ne mettent pas de chiens de protection (dans le contexte de plaine) ?" ...

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  • A quoi sert le loup ?

 

Au regard des études qui ont été faites dans le monde, le loup joue un rôle de régulateur de la faune sauvage dans les écosystèmes.

 

Toutefois, en France, contrairement au Yellowstone (parc des Etats-Unis), le rôle du loup dans les écosystèmes est mal connu par manque de recherche concernant son rôle par rapport à la faune sauvage et la forêt.

 

On suppose qu’il favorise la dispersion des espèces-proies dans les forêts, et qu’il peut même réguler et diminuer la taille des populations de cervidés, cependant le seul programme qui existe en France est le programme prédateurs-proies dirigé par l’ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage). Ainsi, pour en savoir plus quant au rôle du loup sur les écosystèmes, l’association MNE pense qu’il faudrait faire un suivi scientifique beaucoup plus large, recenser par exemple les populations des espèces-proies avant la venue du loup et après son retour.

 

  • Les éleveurs n’ont pas à se plaindre, ils sont indemnisés des dégâts non ?

 

Même si les éleveurs sont en partie indemnisés, les attaques provoquent un traumatisme chez eux équivalent à une intrusion dans leur vie. De plus, les indemnisations sont basées sur un forfait qui est souvent inférieur à la valeur de chaque bête.

 

Pour donner un exemple : en 2017 en plaine, un bélier récemment acheté (environ 700€) est mort suite a une attaque. Le forfait d’indemnisation pour un bélier correspond en moyenne à 300€, l’éleveur doit alors payer le reste lui-même (soit 400€ à sa charge).

 

De plus, concernant les bêtes qui avortent dans les mois suivant l’attaque, l’indemnisation (qui équivaut à l’indemnisation de pertes dites « indirectes ») est insuffisante par rapport à la perte subvenue (0.80€ par animal constituant le troupeau attaqué, plafonné à 300 animaux).

 

  • Il suffit de mettre des protections non ?

 

Le sujet est plus complexe que « il suffit de mettre des protections ». Tout d’abord, il n’existe pas qu’une seule mesure de protection appropriée à toutes les exploitations, plusieurs peuvent être utilisées en fonction des spécificités de chaque parc d’une exploitation. Ces mesures peuvent être coûteuses et demander un temps d’entretien important. Comment gérer ce besoin nécessaire qui ajoute un travail colossal aux éleveurs ? Suite à deux années de suivi d’une clôture 6 fils, nous estimons que l’installation, l’entretien mécanique et la vérification des mesures de dissuasion amènerait à une surcharge de 6h de travail/jour pour les éleveurs (pour une surface d’herbage moyenne de 59 ha).

 

Pour rappel ; un éleveur qui voudrait anticiper l’arrivée du loup n’aura pas le droit à une aide financière s’il n’a pas encore été attaqué (hors cercle 1 et 2).

 

  • Pourquoi les éleveurs ne mettent pas de chiens de protection (dans le contexte de plaine) ?

 

 Cette question rejoint celle d’avant, chaque parc a un contexte différent (et possède donc ses spécificités). En montagne, il est parfois possible d’intégrer plusieurs chiens de même race dans un parc pouvant contenir de 300 à 4000 brebis. En plaine, cela est différent, les élevages de brebis sont plus dispersés ; il va y avoir 30 brebis à un endroit, 50 à un autre etc… Ce qui nécessitera la présence d’un plus grand nombre de chiens contrairement aux parcs de montagne.

 

Le second problème du contexte de plaine est que, contrairement à la montagne où les brebis sont souvent isolées, les parcs se situent souvent près des habitations, engendrant des nuisances sonores suite aux aboiements des chiens. De plus, avoir des chiens de protection oblige les éleveurs à avoir des parcs qui soient 100% hermétiques afin d'éviter la divagation des chiens.

En contexte de plaine, l’idée de mettre des chiens de protections est pertinente à condition que le nombre de brebis par lot soit important (supérieur à 200 brebis) et que les parcs de pâturage soient hermétiques.

 

  • Pourquoi n’y a-t-il plus autant de bergers qu’autrefois avec les troupeaux ?

 

La raison est que, actuellement, les troupeaux sont plus grands, conséquence d’une augmentation de notre population et surtout à notre façon de choisir et consommer de la viande, en rapport également avec la mondialisation (concurrence obligée vis-à-vis de l’importation de viande venant d’autres pays comme la Nouvelle-Zélande à des prix très bas).

 

En montagne, le pastoralisme représente la plupart du temps, l’activité principale de l’éleveur (qui consiste à faire paître ses brebis en estive).

 

En plaine, les éleveurs sont souvent en polyculture (céréales, maraîchage et élevage), ils ne peuvent donc pas passer tout leur temps avec les brebis (activités supplémentaires). Pour répondre à ce temps de travail supplémentaire, l’état a mis en place les « aides bergers ». Mais ce renfort demande une amélioration notamment pour aider les « petites » exploitations et garantir une aide financière sur le long terme (renouvellement des contrats).

 

  • Pourquoi ne pas mettre des clôtures de 2m de haut qui fonctionnent bien en Italie ?

 

Les clôtures de 2m de haut ne répondent pas à tous les critères :

 

Esthétiquement, elles représentent un impact visuel important dans le paysage de plaine, composé en grande partie par des vergers et du sylvo-pastoralisme. De plus, avec un minimum de 15€/mètre linéaire, elle constitue un coût très important.

 

Après une visite en Italie effectué par FNE (France Nature Environnement) afin d’étudier ces clôtures, il en est ressorti qu’elles n’étaient pas présentes partout (principalement dans les parcs de nuit).

Certains éleveurs italiens, en réponse à la question « Pourquoi mettez-vous des clôtures de 2m de haut ? » ont répondu que c’est parce que « Les français mettent ça. ». En conclusion, on ne sait pas vraiment d’où vient l’idée de ces clôtures et la pertinence de ce type de mesure (ratio prix/efficacité discutable).

  • Est-ce que le loup va finir par attaquer les humains ?

 

Il y a déjà eu des cas d’attaque de loup sur l’homme lors d’épidémie de rage et plus rarement « hors rage ».

 

Chaque individu loup est différent, on ne peut jamais prévoir à 100% le comportement d’un animal, il est donc impossible  de confirmer qu’un loup ne s’attaquera jamais  à un humain.

 

Toutefois, un fait : en Italie, malgré une population de 3000 loups, aucune nouvelle attaque sur l’Homme n’a été recensée.

  • Et pourquoi la présence du loup en plaine pose problème alors qu’il existait historiquement une cohabitation entre le loup et les élevages ovins ?

 

Une cohabitation apaisée n’a jamais existée, une tolérance était présente mais historiquement l’Humain a quand même éradiqué le loup en France.

 

  • On a entendu parler de loups hybrides, qu’est-ce que c’est, combien il y en a et quelle est la différence avec le loup « pur » ?

 

L’hybridation du loup dont on parle correspond au croisement entre un chien et un loup. Cette hybridation remonte au néolithique à partir du moment où l’Homme a décidé de domestiquer le loup et de faire des croisements. Aujourd’hui les scientifiques parlent de degrés d’hybridation chez le loup (un tel ou un tel loup va se rapprocher plus ou moins génétiquement du chien). Toutefois, dans la nature, un loup hybride peut se comporter comme un loup « pur » et inversement.

 

En Italie, on sait qu’il y a au moins 10% de loup hybride. Il semblerait qu’il y ait également des loups hybrides en France mais en minorité par rapport aux loups « purs ». Des analyses sont faites par l’ONCFS afin de déceler les cas d’hybridation, toutefois s’attarder sur le cas de l’hybridation représente une perte de temps par rapport à des problèmes plus graves (comme la protection des troupeaux).

 

En France, la problématique du loup hybride est liée à son statut qui diffère de celui des loups « purs ».

En effet, les loups hybrides ne sont pas protégés au regard de la loi contrairement aux loups « purs ».

Dans ce contexte-ci, le problème apparait lorsqu’il faut différencier un loup hybride d’un loup « pur » durant une action de tir (différenciation très complexe).

 

Pour le cas de l’hybridation, MNE se fie aux études et aux suivis de l’ONFCS (http://www.oncfs.gouv.fr/Espace-Presse-Actualites-ru16/L-hybridation-du-loup-en-France-Un-phenomene-tres-amp-nbsp-news1940)

 

  • Est-ce que le loup a été réintroduit en France ?

 

NON, le loup n’a pas été réintroduit. Capable de parcourir des milliers de kilomètre pour se disperser, il peut arriver sur un territoire sans pour autant avoir colonisé celui par où il est passé (dispersion dite en « tâche d’huile »). Le loup que nous avons en France a recolonisé une partie du territoire français à partir du massif alpin côté italien.

 

  • Pourquoi l’éleveur laisse-t-il souffrir sa brebis mourante blessée par le loup plutôt que de l’achever ?

 

 Lorsqu’un éleveur identifie une brebis blessée et mourante, il doit appeler l’ONCFS afin d’effectuer un constat. L’éleveur n’a donc pas le droit « d’abattre » sa brebis avant l’expertise, dans le cas contraire, il ne serait pas indemnisé (car la brebis ne serait alors pas comptée dans les attaques du loup). L’expertise est semblable à une scène de crime où la police est remplacée par l’ONCFS dans le cas présent.

 

  • Pourquoi Meuse Nature Environnement n’est pas opposée aux tirs de défense simples et renforcés ?

 

Le loup peut être perturbé par un simple flash d’appareil photo (constaté par MNE avec ses propres appareils photos) et, d’après la bibliographie, il est capable d’identifier les zones à risques.

 

A partir de ce « constat », MNE pense qu’une expérience négative (attaque de défense de chien, coup de jus dans une clôture, tirs d’éducation) aux alentours des parcs et des troupeaux est un moyen de protéger les troupeaux et également le loup.

 

En effet, MNE ne veut pas de prédation autour des troupeaux et préconise donc d’instaurer une « crainte » autour de ceux-ci. En parallèle, l’association suggère de laisser le loup dans son milieu naturel où sa présence est justifiée (forêt) et ainsi retirer les tirs au-delà de l’environnement immédiat des parcs.

MNE demande également le piégeage à but scientifique à l’aide de pièges non-létaux à côté des parcs de brebis afin de :

1- infliger un traumatisme léger au loup 

2- lui installer une balise GPS, gérée par la suite par l’Etat (note : CSPNB), afin d'acquérir des connaissances vis-à-vis de son comportement (Action 1.8 du PNA).

Enfin, il serait plus que pertinent de laisser le loup en paix dans les zones hors-parcs d'élevage pour que sur le long terme l'espèce distingue les zones à risques (parcs d'élevage) des zones plus calmes (forêts). Pour cela il est impératif de cesser les tirs de prélèvements et plutôt privilégier les tirs de défense dans les parcs de pâturage.

 

  • Pourquoi le loup s’approche-t-il des habitations ?

 

Il peut y avoir plusieurs raisons à cela, notamment parce que l’aire de répartition du loup augmente, donc il colonise des zones où des habitations sont présentes. De plus, les parcs de pâturage se situent proches des habitations. Il est donc plus logique que les attaques est lieu à proximité des habitations.

 

  • Vous êtes pour ou contre le loup ?

 

Nous sommes avant tout contre la prédation sur les troupeaux domestiques. Meuse Nature Environnement est une association de protection de l’environnement et respecte les directives européennes, en effet, MNE rappelle que le loup est une espèce protégée. Toutefois, MNE défend aussi l’élevage paysan pour son rôle dans la biodiversité (sauvegarde des haies, vergers, sylvo-pastoralisme) et en aucun cas ne favorisera une espèce au détriment des autres.